Rhumatologie

Dermatomyosite : un inhibiteur TYK2-JAK1 ouvre une nouvelle voie thérapeutique

Dans la dermatomyosite réfractaire, le brepocitinib, un inhibiteur TYK2-JAK1, améliore significativement l’atteinte cutanée et l’activité fonctionnelle dans une étude randomisée sur plus de 200 malades. Ce signal d’efficacité s’accompagne toutefois d’un excès d’infections sévères, imposant une sélection des patients et une surveillance rapprochée.

  • Petra Richli/istock
  • 27 Mai 2026
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    La dermatomyosite reste une maladie auto-immune systémique difficile à contrôler, marquée par une atteinte musculaire, cutanée, articulaire, pulmonaire, cardiaque ou digestive, avec une évolution souvent chronique, imprévisible et invalidante. Les traitements actuels reposent encore largement sur les corticoïdes, les immunomodulateurs non spécifiques et, chez certains patients, les immunoglobulines intraveineuses, avec une efficacité incomplète, une toxicité cumulative et des contraintes d’administration.

    Le rationnel du brepocitinib repose sur la meilleure compréhension de la place centrale des cytokines pro-inflammatoires, notamment les interférons de type I et II, l’IL-6, l’IL-12 et l’IL-23, dont la signalisation dépend en partie de TYK2 et JAK1. Dans l’essai de phase 3 VALOR, publié dans le New England Journal of Medicine, 241 adultes ayant une dermatomyosite résistante aux traitements antérieurs ont été randomisés entre brepocitinib 30 mg, brepocitinib 15 mg ou placebo sur 52 semaines, en traitement d’entretien des traitements standards avec décroissance des corticoïdes. À 52 semaines, le Total Improvement Score, indice composite validé de la myosite, coté de 0 à 100, atteint 46,5 sous brepocitinib 30 mg, contre 31,2 sous placebo, soit une différence de 15,3 points (IC à 95 % : 6,7 à 24,0 ; p<0,001). La dose de 15 mg, avec un score moyen de 37,5, n’atteint pas la supériorité statistique.

    Un bénéfice global, cutané et fonctionnel, mais un signal infectieux

    Le bénéfice du brepocitinib 30 mg ne se limite pas au critère principal : cette dose est supérieure au placebo sur les neuf critères secondaires clés, incluant l’activité cutanée, la réduction des corticoïdes et le handicap fonctionnel. Les améliorations sont observées dès la semaine 4, point important dans une maladie où l’activité cutanée et musculaire altère fortement la qualité de vie.

    L’amélioration de l’atteinte cutanée, évaluée notamment par le CDASI-A, suggère un effet cliniquement pertinent sur les lésions inflammatoires de dermatomyosite. La possibilité de réduire les corticoïdes jusqu’à moins de 2,5 mg/j, voire de les arrêter, constitue également un résultat majeur, compte tenu du poids des complications liées à l’exposition prolongée aux fortes doses de glucocorticoïdes.

    En revanche, la tolérance appelle à la prudence : les infections sévères sont plus fréquentes sous brepocitinib 30 mg que sous placebo, avec 10 % versus 1 %. Aucun décès n’a été rapporté pendant l’essai, mais ce signal infectieux impose d’intégrer le risque individuel, les antécédents infectieux, les comorbidités et les traitements immunosuppresseurs associés avant d’envisager une telle stratégie.

    Une preuve de concept robuste, à affiner selon les phénotypes

    VALOR est un essai randomisé, en double aveugle, contrôlé versus placebo, conduit pendant 52 semaines, avec trois bras parallèles et une évaluation hiérarchisée des critères secondaires. Son ampleur est notable pour une maladie aussi rare : 241 patients inclus, dans plus de 90 centres et 20 pays, ce qui renforce la portée des résultats. La généralisabilité doit toutefois être nuancée. Les patients avec atteinte pulmonaire interstitielle étaient peu représentés, environ 19,5 %, et les formes très sévères ou déjà exposées à des immunosuppresseurs intensifs comme le cyclophosphamide ou le rituximab semblent moins bien documentées.

    Selon un éditorial associé, la principale critique vient du fait que le statut en autoanticorps spécifiques des myosites n’a pas été systématiquement intégré. Pendant de nombreuses années, les myosites ont été classées en trois sous-groupes (dermatomyosite, polymyosite et myosite à inclusions) sur la base des caractéristiques cliniques et histopathologiques musculaires. Après l’identification de plusieurs autoanticorps spécifiques des myosites, de nouveaux sous-groupes, plus homogènes que les précédents, ont été définis, avec la reconnaissance du fait que différentes voies moléculaires semblent prédominer dans différents sous-groupes de myosite, notamment anti-MDA5 avec pneumopathie interstitielle rapidement progressive ou anti-TIF1γ en cas de risque néoplasique.

    En pratique, ces données installent le brepocitinib 30 mg comme une option potentielle de traitement ciblé dans la dermatomyosite active et réfractaire, particulièrement lorsque l’atteinte cutanée, l’activité globale et la dépendance aux corticoïdes dominent le tableau. Les prochaines étapes devront préciser sa place selon les sous-groupes immunologiques, son effet sur la force musculaire, les formes pulmonaires sévères et la stratégie optimale de surveillance infectieuse.

     

     

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