Economie de la santé

Déficit: les mesures chocs de l'Allemagne, la France attendra 2028

La France entre en campagne électorale, l'Allemagne en est sortie en 2025. Ce qui explique peut-être la différence d'échelle entre le plan d'économie adopté le 10 juillet 2026 par le Bundestag et celui proposé dans le rapport charges et produits 2027 par l'Assurance maladie.

  • Patrick Kerwin/iStock
  • 17 Juillet 2026
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    La France entre en campagne électorale, l'Allemagne en est sortie en 2025. Ce qui explique peut-être la différence d'échelle entre le plan d'économie adopté le 10 juillet 2026 par le Bundestag et celui proposé dans le rapport charges et produits 2027 par l'Assurance maladie. Le plan de rigueur allemand offre toutefois un avant-goût de ce qui attend professionnels de santé et patients français après l'élection présidentielle française. 
    En effet pour répondre au déficit de l'assurance maladie obligatoire allemande (GKV - Gesetzliche Krankenversicherung) estimé à plus de 15 milliards d'euros, le gouvernement allemand a adopté en un vaste plan de stabilisation financière (la loi GKV-Beitragssatzstabilisierungsgesetz). Ce projet de réforme, d'une ampleur inédite depuis vingt ans, vise à réaliser 16,3 milliards d'euros d'économies dès 2027 et jusqu'à 38,1 milliards d'euros d'ici 2030.


    L'ensemble des acteurs est mis à contribution


    Première depuis 2004, la participation des patients augmente. Le reste à charge minimal passe de 5 € à 7,50 € par boîte de médicament, et le plafond maximal augmente de 10 € à 15 €. Le montant des cotisations progresse également. Jusqu'ici, un conjoint sans activité ou à faibles revenus pouvait être rattaché gratuitement à l'assurance de son partenaire. Désormais, un supplément de cotisation de 2,5 % sera appliqué à partir de 2028. Plusieurs exceptions sont toutefois prévues, notamment si le foyer a un enfant de moins de 11 ans ou si le conjoint est proche aidant ou retraité. 
    A l'image de la mesure prise par Agnes Buzyn alors ministre de la Santé, un arrêt total de la prise en charge de l'homéopathie sera effectif dès 2027. Et comme en France, à partir de 2028, une taxe sur les boissons sucrées sera instaurée pour financer de manière pérenne la prévention et le budget de santé.


    Des mesures spécifiques pour les hauts revenus et les employeurs


    La base maximale de calcul des cotisations (Beitragsbemessungsgrenze) est augmentée de 300 € par mois. Les salariés gagnant plus de 70 000 € bruts par an verront leurs cotisations de santé augmenter d'environ 630 € par an (somme partagée avec l'employeur).
    Quant au passage vers le privé, un des élements propre au système allemand, il fait l'objet d'une mesure spécifique. Le seuil de revenu annuel permettant de quitter l'assurance publique pour une assurance privée (JAEG) est exceptionnellement rehaussé de 3 600 € par an. Ce qui contraindra une partie de la classe moyenne supérieure à rester affiliée au régime légal et à y injecter ses cotisations.
    Enfin, pour limiter la précarisation et faire rentrer des recettes, le taux de cotisation patronale sur les minijobs (emplois à temps très partiel et faibles revenus) est revu à la hausse.
     

    Les professionnels de santé participent à l'effort budgétaire.

    Les hôpitaux, laboratoires, pharmacies et cabinets médicaux se voient imposer des enveloppes budgétaires très strictes afin de contenir l'inflation des coûts de traitement.
    L'industrie pharmaceutique n'échappe pas à ce plan de rigueur, en dépit de fortes protestations émises par des industriels européens et américains. 
    La mesure la plus significative pour les industriels consiste à porter la remise obligatoire forfaitaire sur les prix faciaux des médicaments de marque de 7 % à 15,5 %. En revanche, sous la pression du secteur, un mécanisme de remise variable, censé générer des recettes additionnelles récurrentes à plus long terme, a été retiré du texte final au profit du seul dispositif forfaitaire. 
    Deux laboratoires, Eli Lilly et Boehringer Ingelheim, avaient déjà annoncé plus tôt cette année des réductions d'investissements en Allemagne en réaction aux mesures envisagées, tandis que les dirigeants de Novartis et de Pfizer avaient publiquement critiqué le projet. Le syndicat professionnel allemand VFA a dénoncé un accroissement des charges pesant sur l'industrie, estimant le surcoût de la remise forfaitaire à environ 3,2 milliards d'euros pour la seule année 2027, contre 1,1 milliard initialement anticipé. L'Allemagne occupe une place particulière dans l'écosystème pharmaceutique européen : son délai de remboursement rapide en fait souvent le premier marché de lancement des médicaments innovants dans l'Union, ce qui rend cette évolution structurante pour l'ensemble du continent.
    En parallèle de ces réformes structurelles, l'État réduit sa contribution directe au fonds de santé de 1,35 milliard d'euros en 2027 et de 1,55 milliard en 20281, reportant le besoin de financement sur l'efficacité du système et les cotisants.

    Un déficit français de 13,8 milliards pour 2026

    Au regard, de ce plan de rigueur, le rapport annuel Charges et Produits, présenté le 2 juillet 2026 et qui alimente traditionnellement le PLFSS ne devrait pas bouleverser l'écosystème français. Il formule 40 propositions autour de trois priorités, dont le « juste soin au juste prix », face à un déficit de l'Assurance Maladie estimé de ce côté ci du rhin à 13,8 milliards d'euros pour 2026 et des pistes d'économies chiffrées à 3,9 milliards d'euros pour 2027. 

    Si le levier retenu diffère de celui de l'Allemagne, qui agit sur un taux de remise forfaitaire unique, la France mobilise un arsenal plus fragmenté. Le CEPS continue de négocier ou d'imposer des remises conventionnelles sur les produits remboursés, mécanisme fonctionnellement proche de celui durci outre-Rhin. Le rapport 2026 avait déjà proposé de reconstruire un cadre pluriannuel de pilotage de la dépense de médicaments jusqu'en 2030, sur le modèle de l'objectif d'évolution annuelle limité à l'inflation appliqué entre 2010 et 2019, et d'ériger un dispositif de régulation sectorielle inspiré de la clause de sauvegarde pour les dispositifs médicaux. Pour 2027, l'Assurance Maladie cible plus spécifiquement la pertinence des médicaments onéreux, via la désescalade thérapeutique en oncologie dans un contexte où la dépense nette de médicaments est désormais portée à 15,9 milliards d'euros en 2025. Ce focus sur les les médicaments anti-cancéreux s'explique par le montant remboursé par l'Assurance-maladie. "Les dépenses nettes de médicaments anticancéreux ont atteint 7,1 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 10,2% par an sur cinq ans". France Assos Santé et la Ligue contre le cancer ont toutefois jugé ces mesures oncologiques insuffisamment ambitieuses.

    Le rapport poursuit également une politique de développement des biosimilaires et génériques engagée l'an dernier : alignement accéléré des bases de remboursement, tiers payant contre biosimilaires, et création de groupes de médicaments interchangeables (« jumbo groups ») pour limiter les stratégies de contournement par des molécules « me-too ». 

    Bref, aucune mesure n'a été retenue qui aurait fait mal au portefeuille des futurs électeur. La tache est transfrée aux futurs candicats...

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