Thérapie cellulaire
Adénocarcinome gastrique : 1ère AMM mondiale pour un CAR-T ... en Chine
Nouvelle illustration du potentiel d'innovation de la recherche pharmaceutique chinoise, un Car-T obtient pour la première fois une AMM dans une tumeur solide. "Quant les Etats-Unis suivront-ils", s'interroge le site en ligne Fierce qui révèle l'information.
- Nemes Laszlo/iStock
La Chine a franchi une étape inédite dans le traitement des tumeurs solides par thérapie CAR-T. Comme l'a révélé le site en ligne américain Fierce, le 22 juin 2026, l'administration nationale chinoise des produits médicaux a accordé à la société shanghaienne CARsgen Therapeutics l'autorisation de commercialiser le satricabtagène autoleucel, dit satri-cel, pour le traitement des adénocarcinomes gastriques ou de la jonction œsogastrique avancés, HER2-négatifs et Claudine 18.2-positifs. Il s'agit de la première thérapie CAR-T au monde approuvée pour une tumeur solide, alors que les sept produits CAR-T déjà commercialisés depuis 2010 ne concernaient que des cancers hématologiques.
Un chercheur formé uniquement en Chine
Le fondateur de CARsgen, le Dr Zonghai Li, formé en Chine, avait identifié dès ses recherches à l'Institut du cancer de Shanghai la surexpression de la Claudine 18.2 dans les cellules cancéreuses gastriques, avant de créer son entreprise en 2014 faute de financement académique suffisant pour ses essais cliniques. Un essai de phase 1 a débuté à l'hôpital Changhai de Shanghai en 2017. Des données présentées à l'ESMO 2025 ont par ailleurs mis en évidence un signal prometteur en situation adjuvante après résection chirurgicale d'un cancer du pancréas, avec cinq patients sur six sans récidive à six mois. Le Dr Li évoque désormais l'exploration d'associations avec les inhibiteurs de RAS tels que le daraxonrasib.
Sur le plan biologique, la Claudine 18.2 appartient à la famille des claudines, protéines transmembranaires constitutives des jonctions serrées épithéliales, dont le rôle physiologique est de réguler la perméabilité et la polarité cellulaires. Le gène CLDN18, situé sur le chromosome 3q22, code par épissage alternatif deux isoformes, la Claudine 18.1, dominante dans le tissu pulmonaire sain, et la Claudine 18.2, dont l'expression physiologique est normalement restreinte aux cellules différenciées de la muqueuse gastrique et masquée. Lors de la transformation maligne, la perte de polarité cellulaire et la désorganisation architecturale de la tumeur exposent l'épitope de la Claudine 18.2 à la surface des cellules cancéreuses, la rendant accessible aux anticorps monoclonaux et, désormais, aux cellules CAR-T. Cette surexpression tumorale, avec accessibilité de surface absente dans le tissu sain, en fait une cible thérapeutique particulièrement sélective, retrouvée notamment dans les adénocarcinomes gastriques et de la jonction œsogastrique, mais aussi dans certains cancers pancréatiques, œsophagiens, ovariens et pulmonaires.
Un biomarqueur connu grâce au zolbetuximab
En pratique clinique, ce biomarqueur est déjà familier des oncologues digestifs puisque le zolbetuximab, anticorps anti-Claudine 18.2, a démontré un bénéfice de survie globale en première ligne métastatique dans les essais de phase III SPOTLIGHT et GLOW chez les patients HER2-négatifs et Claudine 18.2-positifs, en association au FOLFOX, positionnant ce biomarqueur aux côtés du statut HER2 et du score CPS PD-L1 dans l'algorithme décisionnel de première ligne des adénocarcinomes œsogastriques avancés.
L'approbation du satri-cel intervient toutefois dans un contexte américain contrasté. Un essai de phase 1/2 mené aux États-Unis et au Canada a été suspendu dès décembre 2023 après une inspection de la FDA ayant révélé des non-conformités de fabrication sur le site nord-carolinien de CARsgen, mis en place en pleine pandémie de Covid-19. Bien que la suspension ait été levée environ un an plus tard, l'entreprise indique avoir besoin de temps pour reconstruire sa relation avec l'agence américaine et concentre pour l'instant ses efforts sur l'extension des indications et du portefeuille en Chine, malgré un intérêt manifeste de cliniciens américains sollicitant des collaborations.
Lenteurs américaines
Cette situation ravive un débat plus large sur le rythme de l'innovation en thérapie cellulaire de part et d'autre du Pacifique. Le Dr Carl June, pionnier de la thérapie CAR-T à l'Université de Pennsylvanie, a salué cette approbation tout en pointant les lenteurs réglementaires américaines : il évoque le cas de cellules CAR-T sécrétant de l'interleukine-18, mises au point dans son laboratoire dès 2016, mais dont l'essai clinique académique n'a pu débuter qu'en 2025, avec un taux de réponse de 80 % sans surtoxicité rapportée. Les obstacles cités concernent principalement les exigences de fabrication et les délais d'obtention du statut d'autorisation de médicament expérimental auprès de la FDA.
Nouvelles mesures annoncées le 22 juin 2026
Si l'agence a évoqué des réformes de ses procédures d'essais précoces sous la seconde administration Trump, des mesures concrètes n'ont été annoncées que très récemment, le 22 juin 2026. Cette annonce suscite cependant la prudence de certains experts en éthique médicale, qui s'inquiètent d'un accent mis sur la simplification procédurale au détriment du contrôle éthique, alors que les essais de phase 1 en thérapie cellulaire comportent un risque élevé et impliquent souvent des sujets préalablement en bonne santé relative.
Des laboratoires occidentaux en embuscade
Plusieurs laboratoires pharmaceutiques occidentaux, dont AstraZeneca et Johnson & Johnson, ainsi que des biotechs comme Allogene Therapeutics, poursuivent en parallèle leurs propres programmes CAR-T sur tumeurs solides, dans une course à l'approbation FDA dont l'issue reste à ce stade incertaine.











