Pneumologie
Asthme et BPCO : la course aux facteurs pronostiques entre éosinophiles et FeNO
Les éosinophiles seraient plus performants que le FeNO pour prédire les exacerbations dans la BPCO. Les résultats sont plus mesurés dans l’asthme associé ou non à la BPCO. Des précisions sur les types d’exacerbations s’imposent. D’après un entretien avec Gaëtan DESLEE.
Une étude et son éditorial, parus en avril 2026 dans Thorax, ont cherché à évaluer l’association entre des biomarqueurs de type T2 tels que les éosinophiles sanguins ou la fraction expirée du monoxyde d’azote (FeNO) et la survenue d’exacerbations chez les patients souffrant d’asthme, de BPCO ou d’un chevauchement asthme-BPCO. En effet, les éosinophiles et la FeNO sont considérés comme des biomarqueurs potentiels de l’évolution de la maladie et de la réponse thérapeutique chez les patients atteints d’asthme ou de BPCO. Il s’agit de l’étude NOVELTY, qui est une cohorte prospective observationnelle internationale ayant inclus des patients présentant un diagnostic d’asthme, de BPCO ou une association asthme-BPCO. Des analyses de régression binomiale négative et de régression logistique ont été réalisées afin d’examiner les associations entre les valeurs initiales d’éosinophilie sanguine et de FeNO, considérées séparément ou en combinaison, et le risque d’exacerbations. Les analyses ont été stratifiées selon le diagnostic et le type d’exacerbation étudié (toutes exacerbations, exacerbations traitées par antibiotiques uniquement ou par corticostéroïdes oraux uniquement).
Une photographie intéressante des facteurs pronostiques des exacerbations
Le professeur Gaëtan DESLEE, pneumologue au Centre Hospitalier Universitaire de Reims, explique que l’étude NOVELTY est une étude en vie réelle, qui a inclus plusieurs milliers de patients, issus de 19 pays différents, qui apporte une photographie intéressante des trois sous-types de pathologies respiratoires chroniques que sont la BPCO, l’asthme et l’association asthme-BPCO. Les auteurs ont observé l’intérêt, en termes de pronostic pour les exacerbations de la mesure de l’éosinophilie sanguine et du FeNO. Gaëtan DESLEE précise que l’une des limites de ce travail est que le diagnostic de la pathologie respiratoire retenue est basée uniquement sur le jugement de l’investigateur. Ce travail a montré des éléments connus tels que l’association du taux d’éosinophiles sanguins à la fréquence des exacerbations dans l’asthme et une tendance dans la BPCO. Gaëtan DESLEE trouve plus surprenant de voir qu’un FeNO bas est associé à un taux plus élevé d’exacerbations, dans la BPCO, ce qui n’est pas classique.
Des résultats qui restent néanmoins discutables
Gaëtan DESLEE souligne que certains points sont discutables. En effet, la mesure du FeNO est sensible à l’utilisation des corticoïdes inhalés, au tabagisme et à la corticothérapie orale récente. L’étude NOVELTY n’apporte pas de précisions suffisantes sur ces points importants. De plus, il rappelle que les éosinophiles et le FeNo ne mesurent pas les mêmes éléments, puisque l’un est le reflet de l’inflammation sanguine et l’autre plus spécifiquement de l’épithélium respiratoire. Même si ces deux facteurs reflètent l’inflammation de type 2, ils ne mesurent pas les mêmes paramètres. Enfin, Gaëtan DESLEE ajoute, qu’au cours de la BPCO, les exacerbations sont très hétérogènes : elles peuvent être infectieuses (virales ou bactériennes) ou encore inflammatoires, voire associées à des comorbidités cardio-vasculaires. Pour lui, il est nécessaire de réaliser un phénotypage précis des exacerbations, de manière à bien évaluer les potentiels associations avec les valeurs du FeNO. Ainsi, malgré l’intérêt de ce travail, les facteurs limitants, qui s’opposent à certains travaux sur le FeNO, demandent à être évalués dans le cadre d’études longitudinales pour vraiment comprendre l’intérêt des biomarqueurs tels que les éosinophiles et le FeNO, ce qui permettrait d’extrapoler sur les données récentes présentées à l’ATS montrant que des taux élevés de FeNO dans un contexte d’éosinophilie élevée pourrait constituer un facteur prédictif de réponse à la biothérapies dans la BPCO, notamment pour le dupilumab, en ciblant les mécanismes d’action sur l’épithélium respiratoire. Gaëtan DESLEE relève toutefois que les auteurs de ce travail ont été prudents dans leurs conclusions et ont tenu compte des biais, en précisant que le niveau de sous-typage des exacerbations disponible dans l’étude (traitées par corticothérapie ou antibiotiques) ne permet pas de conclure que le FeNO n’a pas d’intérêt, notamment dans le cadre de la BPCO.
En conclusion, Il est impossible de conclure que le FeNO n’a pas d’intérêt car il est en réalité probablement associé à certains phénotypes d’exacerbations et les facteurs confondants pouvant influer sur la variabilité des valeurs du FeNo doivent être pris en compte. Ces résultats plaident pour la réalisation de nouvelles études longitudinales, en définissant préalablement le phénotypage des exacerbations, qui sont très hétérogènes, notamment au cours de la BPCO.








