Pneumologie
Diagnostic de la tuberculose par écouvillonnage lingual : une technique simple pour un dépistage à grande échelle
Des écouvillonnages linguaux ont été comparés aux diagnostic par PCR sur les expectorations pour dépister la tuberculose. Une technique simple, utile dans les pays à forte incidence et chez les sujets qui ont peu d’expectorations. D’après un entretien avec Nicolas VEZIRIS.
Une étude, dont les résultats sont parus en avril 2026, dans le New England Journal of Medicine, a cherché à évaluer la performance du test MTB MiniDock pour le daignostic de la tuberculose pulmonaire par écouvillonage lingual. Pour cela , les auteurs ont réalisé une étude prospective transversale dans des centres de soins ambulatoires situés en Inde, au Nigeria, aux Philippines, en Afrique du Sud, en Ouganda, au Vietnam et en Zambie. Entre le 12 septembre 2024 et le 31 mars 2025, des patients âgés de 12 ans et plus présentant une suspicion de tuberculose pulmonaire ont été inclus. Le test MTB MiniDock a été évalué à partir d’échantillons de crachats et de prélèvements linguaux. Sa précision diagnostique a été analysée en comparaison avec une référence fondée sur la culture des crachats, ainsi qu’avec la microscopie des frottis de crachats et le test Xpert MTB/RIF Ultra. Au total, 1 380 participants ont été inclus dans l’étude.
Un intérêt en cas de forte incidence
Le professeur Nicolas VEZIRIS, chef du département de bactériologie des Hôpitaux de Saint-Antoine, Tenon, Trousseau et Rotschild à Paris, rappelle que l’écouvillonnage de langue pour le diagnostic de la tuberculose par PCR est l’un des sujets majeurs du dernier congrès de la tuberculose, en novembre 2025, à Copenhague. Cette idée fait suite à l’expérience faite lors de la pandémie de COVID. Les auteurs ont comparé la technique de la PCR par écouvillonnage lingual à celle réalisée sur des expectorations classiques. Les résultats ont montré que c’était légèrement moins performant . Toutefois, l’idée est d’avoir accès à un test simple qui peut être réalisé à grande échelle, dans les pays à forte incidence, afin de réaliser un diagnostic moléculaire pour un dépistage massif. Les pays à fortes incidence de tuberculose, qui n’ont pas accès à certaines technologies, pourront bénéficier d’un examen simplifié au maximum, même s’il perd un peu en fiabilité. Cela répond à la demande de L’OMS. Nicolas VEZIRIS explique que la France est un pays à faible incidence de tuberculose, avec une spécificité très haute (jusqu’à 98%) et peu de vrais positifs. Le test par écouvillonnage buccal a donc moins d’intérêt, en raison de l’incidence trop basse de la maladie.
Avec les limites d’une étude de non-infériorité…
Nicolas VEZIRIS relève que le diagnostic de la tuberculose par écouvillonnage lingual présente quelques limites. Tout d’abord, il est contraignant car il nécessite 10 écouvillonnages de langue pour un test. Celui-ci est intéressant lorsque l’objectif est de se passer des crachats, comme pour les enfants, qui ne crachent pas beaucoup. Nicolas VEZIRS ajoute qu’une étude est à venir en pédiatrie pour évaluer les performances de ce test par écouvillonnage lingual, en l’absence d’expectoration. Il ajoute que le design de ce travail est une étude de non-infériorité, basée sur la technique PCR sur les crachats, qui avait fait elle-même l’objet d’une étude de non infériorité par rapport aux cultures. Donc, à chaque fois, que l’on compare à un standard « déjà comparé », on baisse en fiabilité. Il précise que c’est une vision européenne où les cultures sont réalisées larga manu alors que dans les pays à faible revenus, il est plus simple de faire une PCR. Enfin, cette technologie est une innovation chinoise. On change de continent…
En conclusion, l’écouvillonnage lingual pour le diagnostic de la tuberculose n’est pas plus performant que les autres méthodes diagnostiques mais il est révolutionnaire en terme de technique et permet une démocratisation du diagnostic moléculaire. Il représente un outil accessible à tous et il faut continuer d’avancer dans ce sillon qui se creuse…








