Pneumologie
Equité en santé : nécessité d’une vision pluridimensionnelle
L'équité en santé, une problématique qui ne se limite pas aux déterminants socio-économiques. Il est aussi question de justice en santé, souvent confondue avec l’équité en santé. Les injustices ne sont pas des inégalités et vice-versa. D’après un entretien avec Anh-Tuan DINH XUAN.
Un article, paru dans le Lancet, en avril 2026, a expliqué que la justice en santé est un concept beaucoup plus large que la simple équité en santé. Alors que les recherches sur les déterminants sociaux de la santé se concentrent surtout sur les inégalités entre groupes sociaux et économiques, ces inégalités ne représentent qu’une petite partie des injustices en santé. L’auteur de ce travail a donc cherché à clarifier les différences entre :les inégalités de santé, les inégalités injustes en santé, et les injustices sanitaires. Il présente la justice en santé comme une notion complexe et plurielle, inspirée des travaux en philosophie et en économie. Il distingue plusieurs formes de justice : la justice substantielle et équité procédurale, la justice comparative et non comparative et la justice compensatoire et distributive. Concernant la justice distributive, plusieurs principes sont analysés : l’égalité, la priorité aux plus défavorisés, la suffisance et l’efficacité.
Une question de définitions
Le professeur Anh-Tuan DINH XUAN, chef du service de physiologie et explorations fonctionnelles respiratoires de l’Hôpital Cochin , à Paris, explique que cet article permet de mieux comprendre la notion de justice en santé, qui ne doit pas être confondue avec l’équité en santé. En effet, l’équité en santé représente les inégalités entre les personnes qui peuvent bénéficier d’un accès aux soins. Il rappelle qu’en cas d’inégalité, il y a une comparaison entre des groupes, mais qu’il existe des situations au cours desquelles les problèmes sont considérés comme injustes, sans les comparer à un autre groupe. Anh-Tuan DINH XUAN cite l’exemple des risques encourus par les populations civiles dans un pays en guerre, qui sont les mêmes pour tout le monde quel que soit le niveau socio-économique. Ceci représente une injustice mais pas une inéquité. Il cite également le cas des pays qui n’ont pas accès à la vaccination, ce qui représente une injustice. Cette dernière n’est pas comparative, contrairement à l’inéquité. En termes d’injustices, Anh -Tuan DINH XUAN fait la différence entre les injustices procédurales , compensatrices ou réparatrices, dont les plus gros scandales cités en exemples sont le sang contaminé , le thalidomide ou encore le médiator. Ces injustices sont le résultat d’insuffisance d’essais thérapeutiques et de prise de conscience. En effet, l’l’alerte concernant le médiator a été donnée très tôt mais il a été prescrit jusqu’en 2010. Cette surexposition dangereuse et non nécessaire représente une insuffisance procédurale. Même si des patients ont été compensés pour le tort qu’il leur a été commis, la bataille judiciaire reste entière. Ces injustices ne sont pas comparatives et ne constituent donc pas une inégalité. Anh-Tuan DINH XUAN ajoute que l’inverse est également vrai, en citant l’exemple de l’inégalité hommes/femmes en termes de risques de mortalité cardio-vasculaire, pour des raisons physiologiques. C’est une inégalité naturelle et non une injustice. De même, en ce qui concerne les performances sportives, à âge, taille et poids équivalents , elles sont différentes dans les deux sexes, ce qui explique la séparation dans les compétitions.
Garantir la suffisance et viser l’efficacité
Anh-Tuan DINH XUAN explique que les injustices sont différentes des inéquités, qui sont à combattre, car elles représentent des inégalités injustes. Les situations injustes qui ne résultent pas d’une inégalité, font l’objet d’une justice non comparative. Pour de petites populations, il peut s’agir d’injustices procédurales et réparatrices. Ainsi, Anh-Tuan DINH XAUN estime que la justice en santé est plus large que l’équité. Les objectifs sont d’obtenir l’égalité en santé, d’instaurer une politique de priorités pour donner davantage au plus défavorisés et aux populations fragiles (enfants, personnes âgées), de garantir la suffisance, c’est-à-dire un niveau minimal de santé et de viser l’efficacité. La justice réparatrice intervient quand un tort a été commis et qu’li doit être compensé.
En conclusion, en termes d’équité en santé, il est nécessaire d’avoir une vision large et pluridimensionnelle en différenciant les inégalités, naturelles ou non et les injustices, liées ou non aux scandales sanitaires. Cela nécessite des actions variées pour corriger les différentes formes d’injustices présentes dans le domaine de la santé.








