Pneumologie
Oxygénothérapie à haut débit : pas de différence sur la mortalité mais sur le nombre d’intubations
L'oxygénothérapie à haut débit ne réduit pas la mortalité par rapport à l'oxygénothérapie standard dans l'insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique mais réduirait le risque d'intubation et pourrait donc réduire la durée de séjours en réanimation. D’après un entretien avec Jean-Pierre FRAT.
Une étude, dont les résultats sont parus en mars 2026 dans le New England Journal of Medicine, a cherché à apporter des informations supplémentaires pour évaluer l’impact de l’oxygénothérapie administrée par canule nasale à haut débit, comparativement à l’oxygénothérapie conventionnelle, sur le recours à l’intubation ainsi que sur la mortalité chez les patients atteints d’insuffisance respiratoire hypoxémique aiguë. Il s’agit d’un essai multicentrique ouvert : des patients présentant une insuffisance respiratoire hypoxémique aiguë ont été répartis de manière aléatoire afin de recevoir soit une oxygénothérapie à haut débit, soit une oxygénothérapie standard. Tous les participants présentaient un rapport pression partielle d’oxygène artériel / fraction inspirée en oxygène inférieur ou égal à 200, une fréquence respiratoire supérieure à 25/ min, ainsi qu’un infiltrat pulmonaire visible à l’imagerie thoracique. Le critère d’évaluation principal était la mortalité à 28 jours.
Au total, 1116 patients ont été randomisés. Parmi eux, 1110 ont été inclus dans l’analyse, dont 556 dans le groupe recevant l’oxygène à haut débit et 554 dans le groupe recevant l’oxygénothérapie standard.
Historique de l’utilisation de l’oxygénothérapie à haut débit
Le professeur Jean-Pierre FRAT, praticien en réanimation médicale, au Centre hospitalier Universitaire de Poitiers, et auteur de ce travail, rappelle qu’en 2015, l’étude FLORALI avait été publiée dans le New England Journal of Medicine, comparant l’oxygénothérapie à haut débit, l’oxygénothérapie simple et la ventilation non invasive (VNI), dans la même indication, d’insuffisance respiratoire aigüe hypoxémique. Cette étude avait inclus environ 300 patients, atteints de pneumonies hypoxémiantes, pour lesquels on ne connaissait pas de traitement efficace pour éviter l’intubation et diminuer la mortalité, l’intubation étant une mauvaise nouvelle, vectrice de complications. Jean-Pierre FRAT explique donc que l’objectif était de réduire le nombrée d’intubations, mais aucune différence n’avait été démontrée entre les trois stratégies. Toutefois, dans le sous-groupe de patients les plus graves, il y a eu moins d’intubation sous oxygénothérapie à haut débit, donc une meilleure survie, ce qui a fait exploser l’oxygénothérapie à haut débit. En 2017, une étude française, multicentrique, ayant inclus 800 patients, n’avait pas montré de différence entre l’oxygénothérapie à haut débit et l’oxygénothérapie simple, ni en termes de mortalité ni en termes d’intubation. Il était donc licite de ne pas en rester à ces résultats et d’engager de nouveaux travaux.
Une action significative de l’oxygénothérapie à haut débit sur les intubations
Jean-Pierre FRAT explique que l’étude actuelle, nommée SOHO, est la plus large étude sur le sujet puisqu’elle inclut 1110 patients, issus d’un groupe à risque (patients graves). Les auteurs ont comparé l’oxygénothérapie à haut débit versus oxygénothérapie simple, sans utilisation de la VNI. Les résultats ont montré qu’il n’y avait pas de différence sur la mortalité entre les deux groupes mais qu’il avait moins d’intubations chez les patients traités par oxygénothérapie à haut débit. Jean-Pierre FRAT rappelle que, depuis 10 ans, des progrès ont été réalisés dans la prise en charge de l’insuffisance respiratoire aigüe hypoxémique. En 2021, une étude italienne a démontré que la dexaméthasone améliorait le pronostic vital dans le SDRA. Avant intubation, 62% des patients ont reçu de la corticothérapie. Celle-ci améliore le pronostic, notamment en cas d’atteinte pulmonaire bilatérale. La différence de mortalité a été effacée après extubation, par l’utilisation de la VNI et de l’oxygénothérapie à haut débit, en prophylaxie de la ré-intubation. Devant cette succession de chainons favorables, Jean-Pierre FRAT conclue que, très en amont, l’oxygénothérapie à haut débit a un impact moindre sur la mortalité mais une action significative sur la diminution des intubations. Ce résultat positif est une bonne nouvelle, la durée de ventilation est amoindrie et sous oxygénothérapie à haut débit, plus de patients sont sans ventilation, ce qui leur offre un meilleur confort et contribue à améliorer leur dyspnée.
En conclusion, l’oxygénothérapie à haut débit ne diminue pas la mortalité mais permet de diminuer le nombre d’intubations et donc d’améliorer la dyspnée tout en réduisant le séjour en réanimation. Ce travail est le plus important réalisé sur le sujet, grâce à la cohésion des services de réanimation français.








