Pneumologie

Sevrage tabagique : un début d’intérêt et d’efficacité de la psilocybine

La psilocybine dont l’efficacité intéresse déjà dans certains comportements addictifs pourrait aussi être efficace dans le sevrage tabagique. Un  maintien  à six mois avec une dose de psilocybine associée à une thérapie cognitivo- comportementale pourrait être obtenu. D’après un entretien avec Alice DESCHENAU.

  • 30 Avril 2026
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    Une étude, dont les résultats sont parus dans le JAMA Network Open, a cherché à comparer l’efficacité de la psilocybine à celle du patch à la nicotine, traitement standard de première ligne pour aider à arrêter de fumer. Il s’agit d’un essai clinique pilote randomisé qui été mené de janvier 2015 à mai 2023, auprès de fumeurs adultes en bonne santé mentale au Johns Hopkins Bayview Medical Center. Les participants ont été répartis en deux groupes : l’un recevant une dose élevée de psilocybine, l’autre un traitement au patch nicotinique pendant 8 à 10 semaines, tous bénéficiant d’un programme de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) de 13 semaines. L’objectif principal était de comparer les taux de sevrage prolongé à 6 mois après l’arrêt du tabac, avec une analyse en intention de traiter.

     

    Intérêt de la psilocybine dans les addictions, y compris le tabac

    Le docteur Alice DESCHENAU, psychiatre, cheffe du service Addictions du GH Paul Guiraud, présidente de la SFT, explique que la psilocybine provoque un effet psychodysleptique (modification de la perception sensorielle et de la réalité). Le protocole inclut un accompagnement par un thérapeute au moment de l’effet de la substance et un brief post-consommation. Elle rappelle qu’il existe différents protocoles. Celui choisi par les auteurs de cette étude, qui ont déjà réalisé des travaux sur ce sujet, est un protocole spécifique repris dans le cadre de l’intérêt de la psilocybine dans les addictions. Les résultats sur le sevrage tabagique vont dans le sens d’autres travaux, même s’il n’existe pas un grand nombre d’études sur le sujet. Alice DESCHENAU souligne son intérêt. Leur action neurobiologique par hyperstimulation des récepteurs sérotoninergiques surtout de certaines zones cérébrales, se combine avec une expérience « hors du commun » , d’ordre spirituel, qui repositionne les sujets dans leur réalité, leur échelles de valeurs et leur objectif d’engagement de soi. Les résultats questionnent l’opportunité d’utiliser cette substance en addictologie, notamment tabacologie.

     

    Des données encourageantes mais sur une population restreinte

    Alice DESCHENAU précise que, dans ce travail, les critères d’exclusion étaient importants puisque les sujets ne devaient présenter aucune comorbidité et n’avoir aucune co-consommation. Il s’agit donc d’un travail sur une population hyper sélectionnée. Elle ajoute également que la complexité de cette prise en charge est liée à la prise de la psilocybine et de l’accompagnement psychiatrique, qui devient économiquement valable si le sevrage tabagique est total et durable. D’autre part, elle relève un biais de sous-estimation de l’efficacité des substituts nicotiniques, qui sont utilisés à des doses peu élevées et trop rapidement diminuées. Concernant le profil de tolérance, aucun effet secondaire grave n’a été observé en dehors d’une élévation non sévère de la tension artérielle, avec des maux de tête. Les antécédents cardio vasculaire représentent donc une contre -indication à cette prise en charge. Alice DESCHENAU souligne cependant qu’il s’agit d’un travail de première ligne dont les résultats doivent encourager à aller plus loin, et éventuellement créer des lieux permettant cette prise en charge. 

     

    En conclusion, l’expansion des travaux sur l’utilisation des substances psychédéliques à la tabacologie, laissent penser qu’elle pourrait avoir sa place dans le sevrage tabagique. Néanmoins d’autres études sont nécessaires avant d’imaginer les voir arriver en pratique courante. Le cas échéant, elle représentera a un outil de plus dans l’arsenal du sevrage tabagique et, plus il y a d’outils, mieux c’est !…

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