Santé des adolescents

Smartphone et ados : ne pas laisser l'appareil dans la chambre à coucher.

Cette étude fournit deux leviers d'action fondés sur des données probantes : recommander de limiter le temps de smartphone en dessous de 2 heures par jour à des fins récréatives, et conseiller de ne pas laisser l'appareil dans la chambre à coucher. 

  • dolgachov/iStock
  • 10 Juin 2026
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    Les débats sur l'âge optimal d'accès au smartphone chez les adolescents manquaient jusqu'ici de données prospectives robustes. Une étude de cohorte publiée le 8 juin 2026 dans JAMA lien, reposant sur la cohorte américaine ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development Study), apporte des éléments empiriques précieux en distinguant ce qui relève de la simple acquisition d'un smartphone de ce qui tient aux comportements d'utilisation. L'objectif était de quantifier les associations entre l'obtention d'un premier smartphone aux alentours de 13 ans et la survenue, l'année suivante, d'une dépression, d'une obésité ou d'un manque de sommeil, tout en analysant le rôle modulateur de l'intensité et des modalités d'utilisation.

    La population analysée comprenait 1 959 jeunes qui ne possédaient pas de smartphone lors de l'évaluation initiale à 12,7 ans en moyenne, puis ont été réévalués à 14 ans en moyenne. Entre les deux temps d'observation, 1 230 d'entre eux ont acquis un smartphone, tandis que 729 n'en possédaient toujours pas. Les groupes étaient comparables sur le plan démographique. La dépression était définie selon les critères DSM-5 via une évaluation diagnostique structurée informatisée (K-SADS), l'obésité par un IMC au-delà du 95e percentile pour l'âge et le sexe selon les courbes CDC, et le sommeil insuffisant par une durée déclarée inférieure à 8 heures par nuit. 

    L'acquisition d'un smartphone à 13 ans n'est pas associée à une dépression

    Premier résultat notable : la simple acquisition d'un smartphone à 13 ans n'était pas significativement associée à la dépression (OR 1,45 ; IC 95 % 0,98-2,14) ni à l'obésité (OR 1,02 ; IC 95 % 0,71-1,46). En revanche, elle était associée à un risque accru de manque de sommeil à 14 ans (OR 1,29 ; IC 95 % 1,03-1,62). Ces résultats contrastent avec ceux obtenus dans une vague antérieure de la même cohorte, qui montraient qu'une acquisition à 12 ans était associée à une moins bonne santé mentale l'année suivante. Les auteurs avancent l'hypothèse d'une maturité émotionnelle plus grande à 13 ans, susceptible de réduire la vulnérabilité aux effets délétères du smartphone, et soulignent que ces données pourraient soutenir empiriquement les initiatives de report de l'acquisition au-delà de 13 ans.

    Aucune interaction significative liée au sexe n'a été mise en évidence

    Le deuxième volet de l'analyse, portant exclusivement sur les 1 230 jeunes ayant acquis un smartphone, révèle que c'est le temps d'utilisation qui constitue le facteur de risque déterminant. Le temps hebdomadaire moyen déclaré était de 16,7 heures. Pour chaque écart-type supplémentaire de temps passé sur le smartphone, le risque de dépression augmentait (OR 1,22 ; IC 95 % 1,01-1,80), de même que le risque d'obésité (OR 1,34 ; IC 95 % 1,09-1,65) et de sommeil insuffisant (OR 1,28 ; IC 95 % 1,12-1,47). Aucune interaction significative liée au sexe n'a été mise en évidence, contrairement à certaines études transversales antérieures.

    L'analyse en catégories d'utilisation quotidienne affine ces résultats. Par rapport aux adolescents utilisant leur smartphone moins de 2 heures par jour, seuil proposé pour l'utilisation récréative des écrans, ceux qui dépassaient 5 heures par jour présentaient un risque de dépression multiplié par 2,27 (IC 95 % 1,16-4,43) et un risque d'obésité multiplié par 2,66 (IC 95 % 1,38-5,13). Le risque de sommeil insuffisant était, quant à lui, significativement élevé dès le seuil de 2 heures par jour (OR 1,63 pour 2 à 5 heures ; OR 1,99 pour plus de 5 heures).

    Le smartphone hors de la chambre au moment du coucher optimise la durée du sommeil

    Concernant les modalités d'utilisation nocturne, le fait de placer le smartphone hors de la chambre au moment du coucher était associé à une réduction significative du risque de sommeil insuffisant (OR 0,64 ; IC 95 % 0,47-0,87), sans effet significatif sur la dépression ou l'obésité. Ce résultat identifie une intervention comportementale simple, concrète et applicable en pratique quotidienne.

    L'étude comportait des limites importantes à prendre en compte. Le temps de sommeil et le temps d'utilisation du smartphone étaient autodéclarés, ce qui expose à des biais de mémorisation et de désirabilité sociale. La cohorte ABCD est surreprésentée en adolescents de statut socio-économique élevé, ce qui peut conduire à une sous-estimation des effets réels dans des populations plus défavorisées. Enfin, la fréquence annuelle des évaluations ne permettait pas de dater précisément l'acquisition du smartphone au cours de l'année écoulée. Des études futures recourant à un suivi objectif de l'utilisation et portant sur des échantillons socio-économiquement plus diversifiés seront nécessaires pour affiner ces données.

    Sur le plan pratique, cette étude fournit deux leviers d'action fondés sur des données probantes : recommander de limiter le temps de smartphone en dessous de 2 heures par jour à des fins récréatives, et conseiller de ne pas laisser l'appareil dans la chambre à coucher. Ces deux mesures comportementales simples, accessibles à toutes les familles, constituent des points d'entrée concrets pour le conseil en santé pédiatrique et adolescente dans un environnement numérique omniprésent.

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