Onco-Thoracique
Dépistage du cancer du poumon : exemple de données de vie réelle à Manchester
Le dépistage du cancer du poumon est aujourd’hui un dépistage ciblé (et non organisé), une étude en vie réelle effectuée à Manchester compare l’incidence du cancer du poumon et son stade au diagnostic dans un zone « test » et un zone sans dépistage.
- demaerre/iStock
Le cancer du poumon est à la fois un des cancers le plus fréquent et la principale cause de mortalité par cancer, représentant plus de 1,8 million de décès par an dans le monde. Lorsqu’il devient symptomatique, le cancer du poumon est généralement déjà à un stade avancé, associé à un pronostic défavorable. Plusieurs larges essais contrôlés randomisés ont montré que le dépistage ciblé du cancer du poumon par scanner à faible dose permet de réduire la mortalité liée à la maladie. Ces résultats ont conduit à la mise en œuvre de programmes de dépistage à grande échelle dans de nombreux pays. L’impact du dépistage du cancer du poumon à l’échelle populationnelle (conditions de vie réelle) est rarement rapporté. Cette étude compare l’incidence du cancer du poumon et son stade au diagnostic dans un zone « test » et un zone sans dépistage.
Le programme NEM-LHC s’appuyait sur le modèle PLCOm2012
Le programme de dépistage (appelé NEM-LHC) présenté ici a été réalisé à Manchester. La phase initiale a permis de dépister 4 468 participants à haut risque entre avril 2019 et mars 2020. Des courriers ont été envoyés à l’ensemble des personnes âgées de 55 à 80 ans inscrites auprès de 35 cabinets de médecine générale participants, invitant les personnes ayant déjà fumé à se présenter à des unités mobiles communautaires pour un examen de santé pulmonaire.
Les participants présentant un score de risque de cancer du poumon à 6 ans supérieur ou égal à 1,5 % selon le modèle de prédiction PLCOm2012 (non ajusté sur l’origine raciale) se voyaient proposer un dépistage immédiat par scanner à faible dose réalisé sur site. Pour rappel le PLCOm2012 prédit le risque de cancer du poumon à 6 ans en fonction de l’âge, des antécédents tabagiques et d’autres facteurs de risque (origine raciale ou ethnique, niveau d’éducation, indice de masse corporelle [IMC], antécédents de bronchopneumopathie chronique obstructive, antécédents personnels de cancer et antécédents familiaux de cancer du poumon).
Les examens de dépistage étaient interprétés par des radiologues thoraciques et pris en charge selon les recommandations de la British Thoracic Society pour les nodules pulmonaires. Les cas positifs étaient adressés à la clinique rapide de diagnostic pulmonaire de l’hôpital Wythenshawe pour investigations complémentaires et prise en charge.
Le dépistage était annuel pour les deux premières années, avant de devenir bisannuel.
Une réelle diminution de l’incidence des cancers du poumon au stade avancé
L’incidence des cancers du poumon à un stade avancé a diminué plus fortement dans la région avec dépistage que dans la zone contrôle 9 « sans dépistage »), de sorte que celui-ci était associé à une réduction de 22 % de cette incidence chez les personnes âgées de 55 à 80 ans (rapport de taux d’incidence ajusté : 0,78; IC95% : 0,62–0,99 ; p = 0,037). Un dépistage ciblé par scanner à faible dose, appliqué à 2,0 % de la population totale de North & East Manchester (n = 4 468 / 221 240), a permis de détecter 31 % de l’ensemble des cancers du poumon diagnostiqués depuis le début du programme (n = 221 / 722), avec un nombre nécessaire à dépister de 20 pour chaque cancer détecté.
Dans la zone « test » de dépistage, le dépistage a atteint de manière comparable les hommes et les femmes et a permis de détecter un profil similaire de cancers, sans différence significative en termes de stade au diagnostic ou de types histologiques entre les deux sexes. Le programme a également permis de toucher efficacement les individus de statut socio-économique défavorisé, qui présentent la plus forte charge de morbidité et sont ceux qui peuvent le plus bénéficier du dépistage.
La mise en œuvre d’un dépistage ciblé et communautaire du cancer du poumon dans une zone de forte précarité socio-économique est associée à une réduction significative de l’incidence des formes à un stade avancé. Ces résultats démontrent l’efficacité du dépistage et son bénéfice en santé publique.








