Onco-Dermato
Mélanome IIB et IIC réséqué : de nouveaux arguments en faveur de l’immunothérapie adjuvante
Après résection d’un mélanome de stade IIB ou IIC, les patients ont risque accru de développer de nouveaux cancers de la peau. Si le risque de nouveau mélanome apparait similaire avec ou sans immunothérapie adjuvante, il est plus élevé pour les autres types de cancers cutanés en l’absence d’immunothérapie, selon une analyse secondaire de l’étude KEYNOTE 716.
- AlexRaths/iStock
L’essai KEYNOTE-716, étude de phase 3 randomisée, en double aveugle pembrolizumab versus placebo a démontré les bénéfices prolongés d’un traitement adjuvant par pembrolizumab sur la survie sans récidive et la survie sans métastases à distance dans les mélanomes de stade IIB ou IIC complètement réséqués.
Des données antérieures contradictoires
Toutefois, les patients survivant à long terme à ce type de mélanome présentent un risque accru de développer de nouveaux mélanomes ou d'autres cancers cutanés, notamment des carcinomes basocellulaires (CBC) et des carcinomes épidermoïdes, ce qui fait légitimement poser la question de l’impact d'une immunothérapie antérieure sur ce risque. Les données de la littérature sont à cet égard contradictoires, ce qui a conduit à réaliser une analyse secondaire de l’étude KEYNOTE-716.
Les résultats de cette analyse, publiés dans le JAMA Network, font état d’une incidence similaire de nouveaux mélanomes primitifs dans les deux groupes de traitement, mais d’une fréquence accrue de cancers cutanés non mélanocytaires dans le bras placebo. L’étude montre également que le bénéfice sur la survie sans récidive associé au pembrolizumab persiste après la prise en compte des nouveaux mélanomes primitifs, et que les réactions cutanées sévères à médiation immunitaire sont rares et bien prises en charge.
Près de mille patients suivis à long terme
Au total, 976 patients (60,3% d’hommes, âge médian au diagnostic 61 ans) avaient été randomisés pour recevoir un traitement (pembrolizumab n = 487 ou placebo n= 489). Au terme d’une durée médiane de suivi de 52,8 mois, un diagnostic de nouveau cancer cutané a été porté chez 37 patients (7,6 %) du groupe pembrolizumab : parmi eux, 12 (2,5 %) ont présenté un mélanome primitif invasif, 6 (1,2 %) un mélanome in situ, 19 (3,9 %) un carcinome basocellulaire et 9 (1,8 %) un carcinome épidermoïde cutané. Dans le groupe placebo, ce sont 56 patients (11,5 %) qui ont reçu un diagnostic de nouveau cancer de la peau : 9 (1,8 %) nouveaux mélanomes primitifs invasifs, 9 (1,8 %) nouveaux mélanomes primitifs in situ, 26 (5,3 %) un carcinome basocellulaire et 17 (3,5 %) un carcinome épidermoïde.
La survie médiane sans récidive, incluant la survenue d'un nouveau mélanome primitif, n'a pas été atteinte avec le pembrolizumab et était de 59,2 mois avec le placebo (odd ratio : 0,65 ; IC 95 % : 0,52-0,80) ; les survies sans récidive à 48 mois étaient respectivement de 68,7 % et 56,5 %.
Peu de réactions cutanées sévères
Des réactions cutanées sévères à médiation immunitaire sont survenues chez 16 des 483 participants (3,3 %) du groupe pembrolizumab et chez 3 des 486 participants (0,6 %) du groupe placebo.
Au total, pour les auteurs, ces résultats confirment le risque accru de développer de nouveaux cancers de la peau chez les patients atteints d'un mélanome de stade IIB ou IIC réséqué, et plaident en faveur de l'utilisation du pembrolizumab adjuvant pour le mélanome de stade II à haut risque.








