Neurologie
SEP à début tardif : des traitements de haute efficacité moins souvent prescrits
Même si les traitements des patients atteints de sclérose en plaques (SEP) apparaissent de plus en plus uniformisés avec un début précoce et une intensification rapide, il semble exister encore pas mal d’inégalité dans la stratégie thérapeutique. Ainsi une étude récente issue du registre OFSEP a montré que les femmes étaient plus victime d’inertie thérapeutique, en grande partie liée à la réticence de donner des traitements lorsqu’elles sont en âge de procréer (1). Le même type d’étude, par le même auteur et toujours issue des données de l’OFSEP, a porté récemment cette fois-ci sur les SEP à début tardif.
- Nathan Devery eden prairie, United States/iStock
Différences dans l'utilisation des traitements modificateurs de la maladie entre les patients atteints de sclérose en plaques récurrente-rémittente à début tardif et ceux atteints de sclérose en plaques récurrente-rémittente à début adulte
Gavoille et al. Neurology 2026;106(10):e214943,LIEN
Objectifs de l’étude : La stratégie thérapeutique de la sclérose en plaques à début tardif (SEP-DT), après 50 ans, avec un mode rémittent-récurrent reste mal définie, ce qui peut entraîner une sous-exposition aux traitements de fond par rapport à la sclérose en plaques à début adulte (SEP-DA). Dans cette étude les auteurs ont évalué les différences d’utilisation des traitements de fond entre la SEP-DT et la SEP-DA au sein du registre français de la SEP, à des niveaux de sévérité de la maladie comparables.
Méthodes : Cette étude de cohorte rétrospective a utilisé les données extraites en décembre 2024 du registre français de la SEP concernant les patients atteints de SEP rémittente-récurrente diagnostiqués entre 1997 et 2023. Le critère d’évaluation principal était la probabilité annuelle de recevoir un traitement de fond de la SEP en fonction de l’âge au début de la maladie, ajustée sur la sévérité de la maladie. Les critères d’évaluation secondaires comprenaient la probabilité annuelle de recevoir un traitement de haute efficacité, chaque traitement pris individuellement, la réalisation d’au moins une mesure de l’échelle EDSS, la réalisation d’au moins une IRM cérébrale, ainsi que les initiations et les arrêts de traitement. Il a été utilisé un modèle logistique longitudinal avec des équations d’estimation généralisées et une pondération par la probabilité inverse de censure.
Résultats : Au total, 36 148 patients ont été inclus ; 26 540 (73,4 %) étaient des femmes, l’âge moyen était de 33,5 ans (écart-type : 9,7) et 2 308 (6,4 %) étaient âgés de 50 ans ou plus au début de la maladie. Le suivi médian était de 10,8 ans (intervalle interquartile : 5,6-17,0). Les patients atteints de SEP-DT avaient une probabilité annuelle plus faible de recevoir un traitement de fond que les patients atteints de SEP-DA (73,7 % vs 83,1 % ; odds ratio [OR] : 0,57 [IC à 95 % : 0,52-0,62]). La différence était plus marquée pour les traitements de fond de haute efficacité (24,6 % vs 44,4 % ; OR : 0,41 [IC à 95 % : 0,36-0,46]). Les patients atteints de SEP-DT étaient plus susceptibles de recevoir du tériflunomide et moins susceptibles de recevoir des fumarates, des modulateurs du récepteur S1PR, du natalizumab ou des anti-CD20. Le suivi clinique et radiologique ne différait pas significativement. Le taux d'initiation d'un traitement de fond était plus faible chez les patients atteints de SEP-DT (0,13 vs 0,17 initiation par patient-année). Bien que les proportions d'arrêts de traitement de fond soient similaires (59,7 % vs 60,4 %, hors arrêts liés à la grossesse), ces arrêts étaient plus souvent attribués à une stratégie d'arrêt complet (27,9 % vs 22,3 %) et moins souvent à une stratégie d'intensification thérapeutique (9,2 % vs 13,8 %) chez les patients atteints de SEP-DT.
Discussion : À un stade de gravité comparable, les patients atteints de SEP-DT étaient moins susceptibles d’être traités par des traitements de fond, en particulier par des traitements de haute efficacité, que les patients atteints de SEP-DA. Cet écart s’expliquait à la fois par un nombre moins élevé d’initiations de traitement et par des arrêts complets plus fréquents. Il existait également un recours moindre aux traitements de haute efficacité. Cette étude est à mettre en miroir par rapport à la précédente étude portant sur la femme en âge de procréer et ces 2 populations semblent, très probablement à tort sous exposées aux traitements de fond en général et aux traitements de haute efficacité en particulier.
- (1) Gavoille A et al. Sex-Related Gap in the Use of Disease-Modifying Therapies in Multiple Sclerosis. 2025;105(4):e213907.








