ASCO 2026
Cancer du sein triple négatif PD-L1 positif : bénéfice confirmé pour l'association sacituzumab govitecan et pembrolizumab
Les résultats d'un essai de phase III confirment l'utilisation du sacituzumab govitecan plus pembrolizumab comme nouveau standard de soins en première ligne pour les patientes atteintes d'un CSTN avancé PD-L1 positif. Ces données ont conduit Gilead et Merck à soumettre des dossiers d'autorisation auprès de la FDA et de l'EMA.
- Biserka Stojanovic/iStock
Le cancer du sein triple négatif (CSTN) représente environ 15 à 20 % des cancers du sein. Caractérisé par l'absence d'expression des récepteurs aux estrogènes, à la progestérone et de l'amplification HER2, il est associé à un risque élevé de rechute précoce, de métastases viscérales et à une survie globale défavorable. Depuis l'essai KEYNOTE-522, la combinaison d'une immunothérapie anti-PD-1 à une chimiothérapie est devenue le standard en situation adjuvante à haut risque, mais en première ligne métastatique PD-L1 positive, le schéma pembrolizumab plus chimiothérapie, bien qu'établi, laissait une marge d'amélioration significative. Près de la moitié des patientes ne bénéficient pas d'une deuxième ligne thérapeutique, ce qui souligne l'importance d'optimiser la réponse dès la première ligne.
Le sacituzumab govitecan (Trodelvy) est un anticorps-conjugué (ADC) ciblant Trop-2, récepteur de surface surexprimé dans la plupart des CSTN. Il couple le trastuzumab à un inhibiteur de la topo-isomérase I, le SN-38,
Après avoir démontré son efficacité en situation de rechute dans l'essai ASCENT, il a été évalué en association avec le pembrolizumab dès la première ligne métastatique dans l'essai ASCENT-04/KEYNOTE-D19.
443 patientes incluses
Il s'agit d'un essai randomisé de phase III ouvert, conduit sur 186 sites dans 28 pays. Au total, 443 patientes présentant un CSTN localement avancé non résécable ou métastatique PD-L1 positif, défini par un score combiné positif (CPS) supérieur ou égal à 10 selon le test 22C3, n'ayant reçu aucun traitement antérieur en situation métastatique, ont été randomisées 1:1. Le sacituzumab govitecan était administré à 10 mg/kg par voie intraveineuse aux jours 1 et 8 d'un cycle de 21 jours, en association avec le pembrolizumab 200 mg au jour 1, pour un maximum de 35 cycles. Le bras contrôle recevait le pembrolizumab associé à la chimiothérapie au choix de l'investigateur parmi paclitaxel, nab-paclitaxel ou gemcitabine-carboplatine. La stratification portait sur l'intervalle libre sans traitement curatif et l'exposition antérieure à une immunothérapie en situation curative. Le critère principal était la survie sans progression évaluée par revue centrale indépendante en aveugle.
Une réduction de 35 % du risque de progression ou de décès
À la date du 3 mars 2025, avec un suivi médian de 14 mois, la survie sans progression médiane était de 11,2 mois dans le bras sacituzumab govitecan plus pembrolizumab contre 7,8 mois dans le bras chimiothérapie plus pembrolizumab, soit une réduction de 35 % du risque de progression ou de décès (HR 0,65 ; IC95 % 0,51-0,84 ; p inférieur à 0,001). Le taux de réponse objective était supérieur dans le bras expérimental, avec une durabilité accrue des réponses. Le taux d'arrêt du traitement lié à la toxicité était plus bas dans le bras ADC, à 8 % contre 18 % dans le bras chimiothérapie, un élément cliniquement important pour la gestion pratique des patientes.
À l'ASCO 2026, les données actualisées présentées sous la forme de la SSP2 — survie sans progression après la deuxième ligne de traitement — ont confirmé et renforcé le bénéfice initial. La SSP2 médiane n'était pas atteinte dans le bras sacituzumab govitecan plus pembrolizumab contre 21,0 mois dans le bras chimiothérapie plus pembrolizumab, soit une réduction de 33 % du risque d'événement (HR 0,67 ; IC95 % 0,48-0,95). Ce résultat est particulièrement significatif car il démontre que le bénéfice obtenu en première ligne se maintient et se prolonge au-delà de la progression, indépendamment des traitements ultérieurs reçus.
Pas de nouvel signal de sécurité
Sur le plan de la tolérance, le profil de sécurité était cohérent avec le profil connu de chacun des agents. Les effets indésirables de grade 3 ou plus les plus fréquents étaient la neutropénie à 43 % et la diarrhée à 10 % dans le bras expérimental, contre une neutropénie à 45 % et une anémie dans le bras chimiothérapie. Les événements indésirables graves survenaient chez 27 % des patientes, et seulement 5 % ont arrêté le traitement pour raisons de toxicité. Les effets secondaires les plus fréquents tous grades confondus étaient la neutropénie à 67 %, les nausées à 61 % et l'alopécie à 55 %. Aucun nouveau signal de sécurité n'a été identifié, et l'association des deux agents n'a pas majoré la toxicité de l'un ou de l'autre.
Ces résultats confirment l'utilisation du sacituzumab govitecan plus pembrolizumab comme nouveau standard de soins en première ligne pour les patientes atteintes d'un CSTN avancé PD-L1 positif. Ces données ont conduit Gilead et Merck à soumettre des dossiers d'autorisation auprès de la FDA et de l'EMA.








