Onco-Sein
Cancer triple négatif avec métastases cérébrales : de nouvelles perspectives
Une étude chinoise publiée dans le JCO, l’essai ABC, a démontré des taux de réponse au niveau cérébral de plus de 77 %, à l'association Adebrelimab, Bévacizumab et sels de platine, pour des cancers du sein triple négatif, avec métastases cérébrales non prétraitées et/ou évolutives, après chimiothérapies standards.
- Mohammed Haneefa Nizamudeen/iStock
L'apparition de métastases cérébrales concerne malheureusement plus de 30 % des patientes atteintes d'un cancer du sein triple négatif métastatique, et signe un pronostic restant malheureusement effroyable avec des médianes de survie globale variant entre 6 et 12 mois. Lorsque cela est possible, et notamment en cas de symptômes, une prise en charge localisée (chirurgie, radiothérapie) reste standard, combinée lorsque cela est indiqué à un traitement systémique préférentiel : les sels de platine pour leur activité connue intracérébrale. Dernièrement sont arrivés des anticorps conjugué notamment le Trastuzumab Déruxtécan dont les résultats d’efficacité intracérébrale sont plus qu'encourageants.
L'étude ABC, actuellement présentée, teste l’Adebrelimab, un anti PDL-1, par analogie aux résultats publiés dans les cancers pulmonaires métastatiques à petites cellules, notamment avec métastases cérébrales.
80 % de métastases cérébrales non pré traitée
Il s'agit d'une étude exclusivement chinoise, de phase II, mono bras. En pratique, entre juillet 2020 et octobre 2024, 35 patientes présentant un cancer du sein triple négatif métastatique, avec métastases cérébrales (significatives, mesurant au minimum 1 cm), non prétraitées ou progressives, possiblement symptomatiques, ont reçu une association de traitement par Adebrelimab (20 mg/kg), Bévacizumab (7,5 mg/kg) et sels de platine (cisplatine, 75 mg/m2 ou carboplatine, AUC 5) toutes les trois semaines.
Les patientes ne devaient pas avoir reçu d'exposition préalable à une immunothérapie ou du Bévacizumab. Un sel de platine pouvait avoir été utilisé en phase adjuvant ou métastatique, en l'absence de progression depuis moins de trois mois. Le critère de jugement principale était le taux de réponse objective cérébrale, les critères secondaires le taux de bénéfice clinique cérébral, la survie sans progression, la survie globale, et la tolérance.
Un bénéfice clinique cérébrale de 80 %
Parmi les patientes, 85,7 % ont reçu du cisplatine. L'âge médian était de 50 ans. La majorité des patientes, 37,1 %, présentaient un score CPS < 1, le nombre médian de lignes thérapeutiques au stade métastatique reçues antérieurement était de 2, avec 40 % des patientes prétraitées par sels de platine. Concernant l'atteinte cérébrale, 42,9 % des patientes étaient symptomatiques, 80 % des lésions cérébrales n'avait pas été prétraitée, 54,3 % des patients présentaient entre 1 et 3 métastases cérébrales. Enfin la majorité des patientes, 85,7 % présentaient en baseline une maladie progressive à la fois cérébrale et extracrânienne.
En termes d'efficacité, le taux de réponse objective cérébrale était de 77,1 % (27/35, IC95 % 59,9-89,6). Les analyses exploratoires en sous-groupes démontrent un taux de réponse objective de 100 % concernant les lésions cérébrales précédemment irradiées, et de 90,9 % en cas de score CPS ≥ 1. Le taux de bénéfice clinique cérébrale était de 80 % (28/35, IC95% 63,1- 91,6).
Avec un suivi médian de 19,5 mois, la médiane de survie sans progression était de 8,3 mois, 32,1 % des patients avec une progression intracrânienne exclusive, 35,7 % avec une progression extracrânienne, et 32,1 % intra et extracrânienne. La médiane de survie sans progression cérébrale était de 10,3 mois (IC95% 7.4-14.3), avec en analyses exploratoires, en cas d'irradiation cérébrale préalable, une médiane de survie sans progression cérébrale de 13,1 mois versus 10 mois en l'absence d'irradiation. En cas de score CPS ≥ 1, la médiane de survie sans progression cérébrale était de 14,3 mois versus 7,6 mois si score < 1. La médiane de survie globale était de 21,1 mois.
Au niveau tolérance, la survenue d'effets indésirables de grade ≥ 3 concernait 65,7 % des patientes, majoritairement de la thrombopénie. Les patientes ont reçu un nombre médian de 8 cycles de traitement. Les interruptions de traitement ont concerné 14,3 % des patientes pour l’Adebrelimab, 8,6 % pour le Bevacizumab et 60 % pour les sels de platine.
Au final, cette étude démontre des taux de réponses et un bénéfice clinique intéressant, sans signe de toxicité limitante, avec néanmoins toutes les précautions à prendre pour des essais mono bras, de petit effectif, mais qui ont l'avantage de lancer quelques pistes.








