Médecine générale

Mélatonine : une alternative dans les douleurs musculo-squelettiques chroniques

Les résultats d'une méta-analyse positionnent la mélatonine comme une option d'appoint dans la prise en charge des douleurs musculo-squelettiques chroniques, en complément des traitements de fond, plutôt que comme une alternative de première intention aux analgésiques conventionnels. Son excellent profil de tolérance plaident en sa faveur comme traitement adjuvant, en particulier chez les patients présentant des troubles du sommeil associés à leur douleur chronique

  • Ilya Lukichev/iStock
  • 06 Juillet 2026
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    La mélatonine, hormone endogène sécrétée par la glande pinéale et largement utilisée comme complément sans ordonnance pour les troubles du sommeil, fait l'objet d'un regain d'intérêt pour ses propriétés analgésiques potentielles, suggérées par des travaux expérimentaux chez l'animal. Les revues systématiques antérieures sur ce sujet souffraient toutefois de limites méthodologiques i

    C'est pour combler ces lacunes que cette équipe a conduit une revue systématique et méta-analyse publiée dans la revue Pain le 30 juin 2026 LIEN, portant spécifiquement sur l'intensité de la douleur et la qualité du sommeil chez les patients souffrant de douleurs musculo-squelettiques chroniques ou postopératoires.

    Vingt-trois essais contrôlés randomisés totalisant 2028 participants ont été inclus, issus d'une recherche menée dans six bases de données jusqu'en avril 2025. Quatorze essais comportaient un bras placebo. La mélatonine était administrée par voie orale dans la quasi-totalité des études, à des doses comprises entre 1 et 10 mg par jour, pour des durées allant d'une administration unique à trois mois. Le risque de biais global a été jugé faible à modéré.

    La mélatonine supérieure aux traitement comparateurs pour les douleurs musculo-squelettiques

    Chez les patients souffrant de douleurs musculo-squelettiques chroniques, la mélatonine s'est révélée supérieure à l'ensemble des traitements comparateurs regroupés, avec une différence moyenne de -8,96 points sur une échelle de 0 à 100. Cet effet global masquait toutefois une hétérogénéité selon le comparateur : comparée au placebo seul, la réduction de la douleur n'atteignait pas la significativité statistique (différence moyenne de -6,76, intervalle de confiance à 95 % de -15,89 à 2,36), alors qu'elle était significative face aux analgésiques tels que le diclofénac et face aux traitements non analgésiques comme la fluoxétine ou l'amitriptyline. Fait notable, l'analyse de sensibilité restreinte aux quatre études à faible risque de biais a montré une supériorité significative de la mélatonine sur le placebo, avec une différence moyenne de -10,04 points, l'hétérogénéité diminuant sensiblement dans cette analyse restreinte. La qualité du sommeil était par ailleurs significativement améliorée par la mélatonine dans cette population, avec un niveau de preuve jugé modéré.

    Pas d'efficacité pour les douleurs postopératoires

    Le tableau était différent pour la douleur postopératoire, étudiée dans douze essais portant principalement sur les arthroplasties et la chirurgie rachidienne. Aucune différence significative n'a été observée entre la mélatonine et l'ensemble des comparateurs regroupés. En revanche, l'analyse en sous-groupe selon le type de comparateur a montré une réduction significative de la douleur face au placebo (différence moyenne de -2,53 points), mais cette différence restait très inférieure au seuil de différence minimale cliniquement importante habituellement retenu pour la douleur postopératoire aiguë, autour de 10 points. Comparée aux analgésiques ou aux traitements non analgésiques, la mélatonine ne se distinguait pas significativement, la tendance étant même en défaveur de la mélatonine sans atteindre la significativité. La qualité du sommeil n'était pas non plus améliorée de façon significative dans ce contexte postopératoire, avec un niveau de preuve faible.

    Pas de relation dose-effet

    Les auteurs proposent plusieurs mécanismes d'action pour expliquer les effets analgésiques observés dans la douleur chronique : modulation de la neurotransmission opioïde et GABAergique, activation des récepteurs MT2 réduisant l'excitabilité neuronale, propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires par neutralisation des cytokines et prostaglandines, et effet indirect via la restauration des rythmes circadiens et l'amélioration du sommeil, elle-même associée à une réduction de la perception douloureuse. Les analyses n'ont pas mis en évidence de relation dose-effet significative, ni pour la douleur chronique ni pour la douleur postopératoire, mais une durée de traitement plus longue était associée à un effet plus favorable dans la douleur chronique. Sur le plan de la tolérance, les effets indésirables rapportés étaient légers et transitoires, principalement des nausées, vertiges, céphalées et somnolence, avec une fréquence globalement comparable à celle observée sous placebo, confirmant le profil de sécurité favorable déjà documenté pour cette molécule.

    Un niveau de preuve faible à modéré

    Les auteurs soulignent que l'effet observé dans la douleur chronique, de l'ordre de -8,96 points, est comparable en amplitude à celui rapporté pour les anti-inflammatoires non stéroïdiens, sans pour autant que cela signifie une équivalence thérapeutique. Ils insistent sur le fait que la majorité des effets, bien que statistiquement significatifs, n'atteignent pas les seuils de différence minimale cliniquement importante, et que le niveau de preuve reste faible à modéré pour la plupart des critères évalués. Plusieurs limites sont mentionnées : effectifs souvent restreints, avec une moyenne de cinquante participants par essai dans la douleur chronique, absence quasi systématique de données de suivi au-delà de trois mois, impossibilité d'analyser séparément les patients selon la présence de troubles du sommeil préexistants, et extraction des données au niveau de dose le plus élevé lorsque plusieurs bras étaient disponibles, pouvant introduire un biais de surestimation de l'effet.

    En pratique, ces résultats positionnent la mélatonine comme une option d'appoint envisageable dans la prise en charge des douleurs musculo-squelettiques chroniques, en complément des traitements de fond, plutôt que comme une alternative de première intention aux analgésiques conventionnels. Son faible coût et son excellent profil de tolérance, y compris à doses élevées selon des données de sécurité antérieures, plaident en sa faveur comme traitement adjuvant, en particulier chez les patients présentant des troubles du sommeil associés à leur douleur chronique. Il convient cependant de rappeler qu'en France, la mélatonine à libération immédiate est disponible sans ordonnance pour des dosages inférieurs à 2 mg, tandis que les formes à libération prolongée ou à dosage supérieur relèvent d'une prescription médicale, une distinction à prendre en compte dans le conseil aux patients. Pour la douleur postopératoire en revanche, les données actuelles ne permettent pas de recommander la mélatonine comme alternative aux stratégies analgésiques établies, la significativité statistique observée face au placebo ne se traduisant pas par un bénéfice cliniquement pertinent. Des essais randomisés de plus grande envergure, avec une posologie standardisée et un suivi prolongé, demeurent nécessaires avant de préciser la place de la mélatonine dans les référentiels de pratique clinique.

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