Retraite
Cartographie des médecins en IDF : vers un choc démographique
C’est un véritable choc que va connaître la démographie médicale en Ile de France dans les années à venir. Selon des chiffres communiqués par l’URPS (Union Régionale des Professionnels de santé), 43% des généralistes et 44% des spécialistes exerçant en Ile de France sont âgés de plus de 60 ans. Dans ce contexte, deux priorités apparaisssent : comment aider les jeunes médecins à s’installer. Et comment faciliter la fin de l’activité des médecins âgés toujours en exercice.
- PIKSEL/iStock
Les chiffres communiqués par l’URPS sur la démographie médicale en Ile de France permettent d’anticiper pour l’année 2026 666 départs à la retraite pour seulement 354 installations de jeunes médecins soit un renouvellement de 312 généralistes dans la Région alors que le contexte démographique est déjà insuffisant.
Pour pallier un déficit inévitable et préjudiciable à l’accès aux soins des populations de la Région et faciliter les nouvelles installations, alors que 81% des médecins bientôt retraités estiment que chercher un successeur est devenu une mission impossible, un nouveau zonage en Ile de France vise à réduire les inégalités d’accès aux soins. En identifiant les secteurs en tension, il conditionne l’attribution des aides à l’installation accordées par l’Assurance maladie
Des aides à l’installation ciblées sur les secteurs en tension
Les aides à l’installation attribuées par l’ARS Ile de France entre 2018 et 2025 s’élèvent à près de 79 millions d’euros d’investissements immobiliers qui ont permis de financer l’installation de 2 700 professionnels de santé dont près de 1 700 médecins. Ces installations se sont faites principalement en zones sous-denses et elles ont permis, selon l’ARS Ile de France, à plus de 2 millions de patients de retrouver un accès à un médecin traitant.
10 millions d’euros pour les zones d’intervention prioritaires
Désormais, ces aides seront recentrées sur les ZIP et les ZIP « renforcées » pour lesquelles a été dégagée une enveloppe de 10 millions d’euros qui seront attribués par les délégations départementales en lien avec les collectivités locales de façon à répondre le plus précisément possible aux besoins de territoires concernés.
Pour accompagner cet effort, il a été décidé d’orienter prioritairement vers des stages dans les territoires les plus en tension les 520 internes de médecine générale qui débuteront leur quatrième année en Ile de France.
Par ailleurs, afin de faciliter l’installation des médecins généraliste ou spécialistes, les infirmiers et les sage-femmes, seuls ou en cabinets de groupe, la région a créé un « bonus » pouvant se monter à 10 00à euros.
Il s’agit d’une aide destinée aux professionnels de santé qui choisiront de s’installer dans les territoires les plus déficitaires en offre de soins notamment la Seine Saint-Denis, les départements de la grande couronne et les territoires ruraux
Des retraités tentés par le cumul emploi-retraite… en sursis
Même si 51% des médecins toujours en exercice (57%pour les spécialistes) n’ont pas encore fixé la date de leur cessation d’activité, on peut estimer que les départs à la retraite toucheront en priorité les médecins libéraux de premier recours (généralistes et spécialistes de proximité) dont beaucoup prolongent déjà leur carrière au-delà de l’âge légal grâce au cumul emploi-retraite.
Ce palliatif risque toutefois d’être sérieusement contrarié par l’article 43 du dernier PLFSS qui prévoit de nouvelles règles pour le cumul emploi retraite qui risquent de limiter fortement la possibilité de bénéficier de cette formule apportant un complément de revenus et permettant de préserver l’offre de soins.
Les médecins, selon leur Caisse Autonome de retraites (CARMF), sont aujourd’hui plus de 13 500 à continuer d’exercer dans le cadre du cumul emploi retraite, un chiffre en hausse de 5,7% entre 2024 et 2025. Au-delà du bénéfice individuel apporté par ce cumul en matière de revenus, ce système permet aussi de préserver l’offre de soins dans les secteurs en tension. Mais l’article 43 du PLFSS prévoit -pour les médecins une révision importante des conditions de ce cumul à partir du mois de janvier 2027 avec des effets qui vont aboutir dans certains cas à faire disparaître son intérêt.
Actuellement, un médecin qui solde sa retraite sans avoir validé tous ses trimestres peut continuer d’exercer dans le cadre du cumul emploi-retraite dans la limite d’un chiffre d’affaires qui ne dépasse pas 47 100 euros par an, somme venant s’ajouter à sa pension.
Pour un médecin qui solde sa retraite à l’âge légal et qui a validé tous ses trimestres le cumul emploi-retraite peut se faire sans limite de chiffre d’affaires.
Vers une déduction des revenus d’activité du montant des pensions
Avec l’application de l’article 43 du PLFSS, texte principalement destiné à favoriser le recours à la retraite progressive, un dispositif qui n’existe pas pour les libéraux, le cumul de la pension de retraite et des revenus d’activité va être beaucoup plus encadré.
Concrètement, pour un médecin âgé de moins de 64 ans et qui a soldé sa retraite, les revenus d’activité générés par un cumul emploi retraite seront déduits en totalité du montant de sa pension. Résultat, si ces revenus sont égaux ou supérieurs au montant de sa pension, celle-ci sera réduite à… néant !
Pour un médecin ayant soldé sa retraite mais ayant entre 64 et 67 ans, sa pension serait réduite de 50% des revenus de son activité en cumul emploi retraite si ces revenus sont supérieurs à 7 000 euros annuels.
Seuls les médecins de plus de 67 ans conserveront le droit de cumuler intégralement pension de retraite et revenus d’activité.
Une pension proche de 3 000 euros mensuels pour les médecins à la retraite
La limitation de cette possibilité de cumul aura un impact fort sur les revenus des médecins retraités qui sont aujourd’hui près de 100 000 et bénéficient en moyenne d’une pension proche de 3 000 euros par mois.
Cette pension des médecins est composée à 23% du régime de base, à 45% du complémentaire facultatif CARMF et à 32% de l’ASV (allocation supplémentaire vieillesse). Cette ASV est aujourd’hui confrontée à des problèmes financiers puisqu’elle a enregistré en 2024 un déficit de 87 millions d’euros, ses réserves passant de 7,7 à 6,3 mois de prestations.
Pour compléter ces revenus, les médecins libéraux et leurs conjoints peuvent heureusement bénéficier du Capimed, un régime de retraite complémentaire en capitalisation qui est en fait un Plan Epargne Retraite à points.
Par ailleurs, des dispositifs comme le PER issu du contrat de retraite Madelin permettent de disposer d’un complément de revenus une fois à la retraite mais le choix doit être anticipé.
Avec la loi Pacte de 2019, le contrat retraite Madelin a été remplacé par le Plan d’Épargne Retraite mais les contrats retraite Madelin souscrits avant cette date peuvent toujours être alimentés et ils conservent leur cadre fiscal : les cotisations sont déductibles dans la limite d’un plafond fiscal déterminé en fonction des revenus et du PASS, le plafond annuel de la sécurité sociale, fixé à 48 060 euros pour 2026. Ce plafond de déduction fiscale diffère selon les contrats de mutuelle, de prévoyance, de retraite et de perte d’emploi.
Attention, seuls les contrats dits responsables sont éligibles à la loi Madelin.












