Oncologie
Tumeurs neuroendocrines pancréatiques : supériorité du lutetium-177-DOTATATE face au sunitinib
Les résultats confortent l'utilisation du lutetium-177-DOTATATE dans les tumeurs neuroendocrines pancréatiques métastatiques progressives, positives aux récepteurs de la somatostatine, en situation de prétraitement, avec une efficacité sur la survie sans progression nettement supérieure à celle observée sous sunitinib et un profil de tolérance aiguë plus favorable.
- Alena Butusava/iStock
L'essai français OCLURANDOM, dont les résultats sont publiés dans The Lancet Oncology juin 2026 lien, apporte pour la première fois des données issues d'un essai randomisé comparant la thérapie par radioligands de récepteurs peptidiques au sunitinib chez des patients atteints de tumeurs neuroendocrines pancréatiques métastatiques progressives.
Le lutetium-177-DOTATATE avait déjà démontré son efficacité dans les tumeurs neuroendocrines gastro-entéropancréatiques de grade 1 et 2 au sens large, à travers l'essai NETTER-1, mais sans que les tumeurs neuroendocrines d'origine pancréatique n'aient jamais fait l'objet d'une évaluation randomisée spécifique dans ce contexte de prétraitement.
L'essai OCLURANDOM est un essai de phase 2, randomisé, ouvert et non comparatif , conduit dans dix centres universitaires français sous l'égide du ministère de la Santé via l'Institut national du cancer. La conception non comparative est un élément méthodologique essentiel pour l'interprétation des résultats : chaque bras possède son propre seuil de succès prédéfini, le sunitinib servant de contrôle interne de référence plutôt que de comparateur direct au sens d'une supériorité formellement testée. Les patients éligibles devaient présenter des tumeurs neuroendocrines pancréatiques métastatiques, progressives, positives aux récepteurs de la somatostatine et prétraitées, avec un score de performance ECOG de 0 à 2. La randomisation, stratifiée selon l'indice Ki-67, l'étendue de l'atteinte hépatique et les traitements antérieurs, a réparti les patients en deux bras : le bras lutetium-177-DOTATATE administré par voie intraveineuse à la dose de 7,4 GBq toutes les huit semaines jusqu'à quatre cycles, avec perfusion concomitante d'acides aminés pour la protection rénale, et le bras sunitinib administré par voie orale à 37,5 mg par jour. Le critère d'évaluation principal était la survie sans progression à douze mois, évaluée en temps réel par revue centralisée indépendante selon les critères RECIST 1.1 dans la population en intention de traiter.
Entre février 2015 et juillet 2020, 84 patients ont été inclus et randomisés, soit 41 dans le bras lutetium-177-DOTATATE et 43 dans le bras sunitinib. La durée médiane de suivi atteignait 72,5 mois, soit plus de six ans, ce qui confère à ces données une maturité particulièrement solide pour un essai de phase 2 dans cette indication. La population était équilibrée entre les deux bras, avec une légère majorité de femmes représentant 52 % de l'effectif total.
Taux de survie sans progression à douze mois à 80,5 % dans le bras lutetium-177-DOTATATE
Les résultats sur le critère principal sont frappants. Le taux de survie sans progression à douze mois s'établissait à 80,5 % dans le bras lutetium-177-DOTATATE, contre 41,9 % dans le bras sunitinib. L'écart entre les deux bras, bien que ne résultant pas d'un test de supériorité formellement planifié, est cliniquement considérable et dépasse largement ce qui pourrait s'expliquer par les seules variations aléatoires. Ces données positionnent le lutetium-177-DOTATATE comme une option particulièrement active dans ce contexte de tumeurs neuroendocrines pancréatiques prétraitées, positives aux récepteurs de la somatostatine, en progression sous traitement antérieur.
Le profil de tolérance, l'un des autres points forts de cet essai
Le profil de tolérance constitue l'un des autres points forts de cet essai. Les événements indésirables de grade 3 ou 4 étaient observés chez 44 % des patients traités par lutetium-177-DOTATATE, contre 72 % dans le bras sunitinib, soit une différence de près de trente points en faveur du radioligand. Les toxicités sévères les plus fréquentes dans le bras sunitinib étaient la neutropénie, observée chez 30 % des patients, et l'hypertension artérielle chez 19 %, contre respectivement 5 % et 10 % dans le bras lutetium-177-DOTATATE. Les événements indésirables graves liés au médicament concernaient 15 % des patients sous lutetium-177-DOTATATE, incluant des augmentations de transaminases, une neutropénie, une thrombose et un épisode fébrile, contre 23 % dans le bras sunitinib, avec notamment des complications gastro-intestinales, des troubles généraux et un épisode de septicémie.
Une leucémie aiguë, complication rare mais connue des thérapies par radioligands
Un décès imputable au traitement a été rapporté dans le bras lutetium-177-DOTATATE, sous la forme d'une leucémie aiguë, complication rare mais connue des thérapies par radioligands et qui justifie une surveillance hématologique prolongée dans le suivi de ces patients.
Un meilleur vécu du traitement
La qualité de vie représente un critère rapporté qui mérite une attention particulière dans cette population, pour qui la tolérance au long cours conditionne fortement l'adhésion thérapeutique et les possibilités de traitement séquentiel ultérieur. Le score d'état de santé global différait de 10,3 points en faveur du lutetium-177-DOTATATE, une différence qui dépasse le seuil de signification clinique généralement retenu pour ce type d'instrument, et qui traduit concrètement un meilleur vécu du traitement pour les patients de ce bras.
Toutefois, les auteurs signalent avec rigueur la survenue d'effets indésirables tardifs, définis comme des événements de grade 2 ou plus, chez 60 % des patients du bras lutetium-177-DOTATATE encore évaluables à distance, contre 43 % dans le bras sunitinib parmi les sept patients encore suivis. Cette donnée, à interpréter avec prudence compte tenu du faible effectif disponible pour cette comparaison tardive, soulève néanmoins la question de la tolérance différée des thérapies par radioligands, en particulier de leur impact potentiel sur la réserve médullaire et la fonction rénale, et par conséquent sur la faisabilité des lignes thérapeutiques ultérieures. La survenue de la leucémie aiguë fatale s'inscrit dans ce registre de complications tardives qui doivent être intégrées dans la réflexion bénéfice-risque individuelle et dans le suivi à long terme de ces patients.
Les données de l'essai OCLURANDOM, la référence randomisée la plus solide
D'un point de vue pratique, ces résultats confortent l'utilisation du lutetium-177-DOTATATE dans les tumeurs neuroendocrines pancréatiques métastatiques progressives, positives aux récepteurs de la somatostatine, en situation de prétraitement, avec une efficacité sur la survie sans progression nettement supérieure à celle observée sous sunitinib et un profil de tolérance aiguë plus favorable. Ils alimentent également le débat sur le positionnement séquentiel optimal de ces deux options thérapeutiques, dans un paysage où l'évérolimus, les analogues de la somatostatine et désormais les thérapies par radioligands se disputent des places de lignes dont l'ordonnancement reste largement empirique. La question du meilleur séquençage, notamment de l'intérêt de réserver le sunitinib après le lutetium-177-DOTATATE ou d'envisager des stratégies de combinaison, reste entière et appelle des évaluations prospectives dédiées. Les données de l'essai OCLURANDOM constituent à ce jour la référence randomisée la plus solide disponible spécifiquement dans les tumeurs neuroendocrines pancréatiques, et leur maturité de suivi de plus de six ans leur confère une crédibilité particulière pour guider la pratique clinique en oncologie neuroendocrine.











