Nutrition
Obésité : une désescalade du traitement est possible
SURMOUNT-MAINTAIN constitue une contribution pour éclairer les décisions thérapeutiques individualisées dans la prise en charge de l'obésité, en documentant pour la première fois les conséquences d'une réduction ou d'un arrêt du tirzépatide après une perte de poids initiale significative, et en proposant la désescalade à 5 mg comme une stratégie de compromis potentiellement utile pour certains patients.
- Md Ariful Islam/iStock
L'obésité est une maladie chronique dont la prise en charge médicamenteuse soulève une question fondamentale en pratique clinique : que se passe-t-il lorsque le traitement est interrompu ou réduit après une phase de perte de poids initiale ? L'essai SURMOUNT-MAINTAIN, publié le 6 juin 2026 dans The Lancet lien, apporte pour la première fois des données randomisées dédiées à cette problématique avec le tirzépatide, agoniste double des récepteurs du GIP et du GLP-1.
Un essai en deux temps
L'essai a été conduit sur 20 sites aux États-Unis selon un schéma en deux temps : une phase ouverte de perte de poids de 60 semaines sous tirzépatide à la dose maximale tolérée (DMT, soit 10 ou 15 mg par semaine en injection sous-cutanée), suivie d'une phase de maintenance en double aveugle de 52 semaines. Seuls les participants ayant perdu au moins 5 % de leur poids corporel et tolérant au moins 10 mg de tirzépatide ont été randomisés. Sur les 441 patients initialement enrôlés dans la phase de perte de poids, 378 ont été randomisés à la semaine 60 selon un ratio 3:3:2 en trois bras : poursuite du tirzépatide à la DMT (n = 140), réduction de dose à 5 mg hebdomadaire (n = 144) ou substitution par placebo (n = 94). Tous les participants bénéficiaient par ailleurs d'un accompagnement hygiéno-diététique tout au long de l'essai. À partir de la semaine 84 — soit 24 semaines après la randomisation —, une thérapie de secours par tirzépatide était autorisée pour les participants ayant repris plus de 50 % du poids perdu.
IMC moyen de 40,1 kg/m² à l'inclusion
La population étudiée était représentative d'une obésité sévère : poids moyen à l'inclusion de 113,8 kg, IMC moyen de 40,1 kg/m², HbA1c moyenne de 5,64 %, avec une majorité de femmes (65 %) et un âge moyen de 46,6 ans. Il s'agissait de patients sans diabète de type 2 établi, mais présentant fréquemment des comorbidités métaboliques associées.
Le critère de jugement principal était la variation en pourcentage du poids corporel depuis le début de l'essai jusqu'à la semaine 112. Les résultats sont remarquables sur l'ensemble des trois bras. Les participants ayant poursuivi le tirzépatide à la DMT ont atteint une perte de poids totale de 21,9 % depuis le début de l'essai (IC 95 % : −23,5 à −20,3 %), avec une différence estimée par rapport au placebo de −12,0 % (IC 95 % : −13,8 à −10,1 %). Ceux du bras 5 mg ont perdu 16,6 % de leur poids initial (IC 95 % : −18,0 à −15,1 %), soit une différence de −6,6 % versus placebo (IC 95 % : −8,3 à −5,0 %). Dans le groupe placebo, la perte de poids cumulée depuis le début de l'essai n'était plus que de 9,9 % à la semaine 112, témoignant d'une reprise pondérale substantielle après l'arrêt du traitement actif. Toutes ces différences sont hautement significatives (p < 0,0001 pour toutes les comparaisons).
Chronicité de l'obésité
La signification clinique de ces chiffres est encore plus lisible à travers les données de recours au traitement de secours : seulement 8 % des participants du bras DMT ont repris plus de 50 % du poids perdu et nécessité une thérapie de rattrapage, contre 25 % dans le bras 5 mg et 67 % dans le bras placebo. Ce dernier chiffre illustre de façon frappante la chronicité de l'obésité et la quasi-inéluctabilité de la reprise pondérale en l'absence de traitement continu.
Sur le plan de la tolérance, le profil de sécurité du tirzépatide en phase de maintenance est cohérent avec les données antérieures du programme SURMOUNT. Les événements indésirables les plus fréquents sont d'ordre gastro-intestinal — nausées, diarrhée, vomissements — de sévérité légère à modérée dans la grande majorité des cas, et survenant principalement lors des paliers de titration. Le taux de complétion de l'essai était élevé, à 91 % des participants randomisés.
Réduction de dose, une option intermédiaire pertinente
Plusieurs points méritent d'être soulignés pour la pratique. En premier lieu, l'intérêt du bras à 5 mg : bien que moins efficace que la DMT pour le maintien du poids, la réduction de dose représente une option intermédiaire pertinente entre la poursuite à pleine dose et l'arrêt du traitement, avec une perte de poids maintenue significativement supérieure au placebo. Cette donnée est inédite dans un essai randomisé dédié à la désescalade posologique. En second lieu, l'essai confirme que l'obésité répond au même paradigme que d'autres maladies chroniques — hypertension, dyslipidémie, diabète — où l'arrêt du traitement entraîne une rechute quasi systématique. La notion de « traitement au long cours » sort renforcée de ces résultats.
SURMOUNT-MAINTAIN constitue ainsi une contribution pour éclairer les décisions thérapeutiques individualisées dans la prise en charge de l'obésité, en documentant pour la première fois les conséquences d'une réduction ou d'un arrêt du tirzépatide après une perte de poids initiale significative, et en proposant la désescalade à 5 mg comme une stratégie de compromis potentiellement utile pour certains patients.








